La nouvelle loi santé : les différentes prises de position

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Par : Antoine

L’amendement de la loi santé, voté en première lecture dans la nuit du 1er au 2 avril, instaure un « délit d’incitation à la maigreur extrême ». Cette mesure, qui doit être discutée au Sénat le 4 mai, suscite de vives réactions sur les réseaux sociaux depuis plusieurs semaines.

Il sera désormais peut-être inscrit dans le code pénal que « Le fait de provoquer une personne à rechercher une maigreur excessive […] est puni d’un an d’emprisonnement et de 10 000 € d’amende ». Le but de ce délit d’incitation à la maigreur viserait à empêcher « certaines personnes [de mettre] en danger la vie d’autrui » en entrant dans le cercle vicieux des Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). De fait, les agences de mannequins ne pourront plus embaucher des filles dont l’IMC serait inférieur à 18, et il deviendrait interdit de publier une photographie de mannequins dont l’apparence corporelle aura été modifiée sans la mention « photographie retouchée ». L’assemblée s’attaque ainsi à l’image presque irréelle de la femme, telle que véhiculée aujourd’hui dans les médias et dans le monde de la mode. Cette image idéalisée peut « [introduire] des comportements alimentaires qui peuvent être dommageables ».  Pourtant, comme le souligne le Docteur Nathalie Godart elle « [n’est] pas une cause directe de l’anorexie. Cette maladie mentale est beaucoup plus complexe avec des causes et des trajectoires multiples. »[1] . Les facteurs qui peuvent conduire à l’anorexie mentale ne sauraient se résumer à la seule pression d’une société cautionnant la minceur.

En outre, si le délit d’incitation à la « maigreur extrême » vise à prévenir l’anorexie, certains affirment qu’il « revient [au contraire] à condamner les malades », en sanctionnant notamment les sites et les forums pro-ana. C’est ce que soutiennent les chercheurs d’Anamia[2], pour qui l’amendement de la loi santé « relève d’une grande méconnaissance du terrain » en matière d’anorexie. En effet, derrière les propos parfois choquants contenus dans ces sites, ces derniers « constituent des lieux de parole tout à fait inédits et complexes, parfois sources d’entraide et d’orientation vers le suivi médical de personnes atteintes de troubles alimentaires »[3]. Ajoutons que les personnes venant consulter ces espaces internet souffrent déjà plus ou moins de TCA : elles ne le deviennent pas à cause de ce qu’elles y trouvent. Par le biais des forums, les personnes souffrant de TCA trouvent un moyen, confidentiel et anonyme, de parler de leur symptôme. Ce qui peut apparaître comme une apologie de la maigreur n’est, en fait, que l’expression du déni et de la souffrance au-delà du symptôme. Pouvoir parler librement d’anorexie constitue une chance, pour ces personnes, de s’exprimer, et peut-être un jour de s’adresser à quelqu’un.

La  nouvelle loi est vivement critiquée, mais on peut  souligner malgré tout l’effort des parlementaires de s’attaquer à des pratiques du monde du mannequinat qu’on ne peut que désavouer.  Certains reprochent à cet amendement de chercher des coupables, voire d’inculper les malades, ou en tout cas, de leur rendre plus difficile l’accès au travail.  Il est vrai que si l’on voulait réellement aider les anorexiques, il serait certainement plus utile d’apporter des solutions en termes de moyens et de multiplication des offres de soins.

Cet amendement n’a peut-être pas grand-chose à voir avec le travail autour de l’anorexie mentale. C’est l’occasion pour nous, à Enfine, de redire à quel point nous sommes attachés à accueillir toutes les personnes qui s’adressent à nous, et à les écouter. Peut-il y avoir des lois dans  un domaine aussi intime que celui de la vie psychique ?  Voudrait-on, pourrait-on nous interdire d’être névrosés, d’être fous ?



[1] Propos du Dr Nathalie Godart, pédopsychiatre spécialiste de l’anorexie à l’Institut Mutualiste Montsouris, recueillis par le magazine « Elle ».

[2] Recherche européenne financée par l’Agence nationale de recherche pour améliorer la connaissance de la structure, du fonctionnement et de l’évolution de la constellation de sites Web, blogs et forums qui tournent autour des Troubles du Comportement Alimentaire.

[3] Source : « Contre la création du délit d’anorexie », 2 avril 2015, Anamia. Disponible en ligne à l’adresse suivante : http://www.anamia.fr/contre-la-creation-du-delit-danorexie-sur-internet/

Article écrit par Antoine


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