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Une petite envie d’écrire

Par : Anja Ricard

Je ne parle plus trop de ça, alors je décide d’écrire ici, sans vraiment savoir pourquoi. Je retombe doucement, je le sens, sous cette mauvaise emprise, celle qui me pousse à me faire du mal, tout en me faisant croire qu’elle me rassure, me soulage. Je sens ce voile à nouveau se poser sur mes yeux, ces pulsions, ces courses qui me détournent de mon chemin, ces petits détails, ces petites lueurs que je ne perçois plus.

Je ressens cette erreur enfin, de croire que ces crêpes, ces gâteaux, ce beurre, tous ces chocolats, soient l’unique plaisir, le vrai plaisir, celui qui me comble toute entière, qui anesthésie mon esprit, celui qui finalement rempli tout en moi, surtout mon estomac et qui me fait tout rejeter. Je me vois désormais courir sans cesse après ces moments qui me comblent un temps, mais qui finissent par disparaître. Je lutte alors, chaque jours, non plus contre mon corps, non plus contre mon poids, je n’ai pas de balance car les chiffres ne me disent plus rien, mais contre ce petit monde, que je vois se construire en parallèle et qui m’attire, qui m’attire, parce que l’autre est bien trop dur. Je ne distinguais rien de cela il y a quelques années, seulement le sucré, le salé, courant dans la rue blanche et tâchée de vomis, à la recherche d’une plaquette de beurre à mettre sur mon pain. Jusqu’à ce que mes parents, les médecins me sauvent la vie et que j’accepte de m’engager.

C’était devoir me renier, c’était comme nager à contre-courant, j’ai tâtonné, j’ai reculé, j’ai parfois rechuté, et puis j’ai vu. J’ai vu cette prison que je quittais, et que le cœur pour s’apaiser. J’ai vu les autres autour de moi, leur sensibilité, j’ai enfin compris leur importance, je me suis peu à peu décentrée. Car dans mon univers, à côté, je ne voyais que mon nombril, même si je ne savais faire autrement. Je saisissais alors que le bien-être, le bonheur peut-être, l’excitation intense m’étaient accessibles par de plus sains moyens. C’es peut être pour cela que je laisse cet écrit. Pour me rappeler, avec vous, ces instants de quiétude, de sérénité dont je fis l’expérience, pour me rappeler qu’il me faut continuer à croire, que tout ça est possible. Ainsi je mange et je vomis, mais je sens cette petite partie de moi qui refuse de se soumettre désormais. Je me sens comme au bord, au milieu de mes crêpes et de mes crèmes, parce que je l’ai aimé et que je l’ai perdu.

Courte, cette histoire fut intense, presque immédiatement elle donna un sens, à tout, je n’avais dès lors plus rien à rechercher. Mais une force, provenant de je ne sais où, me permet néanmoins de percevoir toujours ces petites choses qui rendent la vie jolie, une force qui me permet de maintenir ce peu de lucidité qu’il me reste, et surtout qui maintient ce plaisir tiré des liens que je tisse, des rencontres que je fais, me fait conserver cet intérêt que je porte à l’Autre, cette importance que je lui accorde et je garde sentiment de m’enrichir, chaque jour un peu plus, auprès lui. L’autre peut me détruire, aussi rapidement que je me nourris d’un regard chaleureux ou d’un sourire, d’une parole. Tantôt je le hais, tantôt je l’aime, l’Autre est finalement comme moi. Il m’a brisée, je me sens toute cassée, mais je suis sure qu’il me sauvera.

Article écrit par Anja Ricard


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