Bonjour à toutes et tous,
J'ai constaté que dans les derniers messages, plusieurs d'entre vous évoquaient le fait que leurs TCA duraient depuis très longtemps, et qu'elles (ou ils) ne voyaient plus de solution. Cela m'a conduite à ouvrir ce sujet, parce que oui, on peut guérir, c'est ce qui m'est arrivé.
Pour dire quelques mots de mon parcours : je suis devenue boulimique autour de mes 10 ans, et cela a duré... des décennies. J'ai tout connu : les crises d'hyperphagie à répétition, les phases anorexiques, l'obsession du poids et de la nourriture, les vomissements, les hospitalisations, les abus en tout genre, etc.
Et pourtant, j'ai guéri définitivement voici plusieurs années. Aujourd'hui, la nourriture est devenue un plaisir, je ne mange que ce que j'aime, je n'ai plus aucune crise, et je précise que je suis vraiment très mince.
Cette guérison s'est faite en plusieurs phases, liées dans mon cas à des événements extérieurs.
Tout d'abord, un premier événement m'a fait réaliser qu'en fait, je ne désirais pas vraiment guérir. Alors bien sûr, je voulais être mince, ne plus penser tout le temps à la nourriture, mais je me suis rendu compte qu'il y a des "bénéfices" que je n'étais pas prête à abandonner (j'espère que je ne choquerai personne en écrivant cela, cela ne signifie en aucune manière que je nie la souffrance liée aux TCA).
Quels bénéfices ? Je suppose que le premier, c'était le plaisir intense que j'éprouvais au début d'une compulsion, quand je cédais enfin à la nourriture (ou alors le plaisir que j'éprouvais quand j'arrivais à ne plus manger).
Si je n'éprouvais plus ce plaisir, qu'est-ce qui allait le remplacer ? Qu'est-ce que je ferais à part manger quand je m'ennuyais ? Quand j'étais triste, ou heureuse ? Puisque la nourriture occupait l'essentiel de mes pensées, comment allais-je occuper ma vie sans mes obsessions ?
Sans la boulimie, j'étais au fond face à un vide vertigineux, qu'il m'a fallu apprendre à combler d'une autre façon, une façon qui me procure autant de plaisir que mes compulsions.
Quand on est boulimique, on construit notre existence autour de la nourriture, sans elle et toutes les obsessions qui l'entourent, d'une certaine façon, notre vie perd son ossature.
J'ajoute aussi que même être malade me fournissait des "avantages" : cela excusait mes échecs personnels ou professionnels, ce n'était pas moi qui ratait tout, c'était à cause de ma maladie.
Je regrette infiniment de ne pas avoir compris tout cela plus tôt. Cela m'aurait permis de savoir quoi demander aux psys que je rencontrais. Au lieu d'attendre d'eux un salut qui n'est jamais venu, j'aurais dû leur demander : "comment accepter de renoncer à mes TCA, comment rebâtir ma vie, la remplir et lui donner un sens en-dehors de la nourriture ?"
Le jour où j'ai compris cela, j'ai été prête à renoncer à ma boulimie, à la "sacrifier".
Seconde étape, suite à quelques problèmes de santé, j'ai cru avoir des allergies alimentaires. Ce qui m'a obligée à me mettre à cuisiner, si je voulais espérer guérir.
Et cuisiner, cela a tout changé. D'abord c'est meilleur, c'est plus sain (il n'y a pas tous les additifs de la nourriture industrielle), et c'est moins cher.
Mais aussi, j'ai constaté qu'on ne mange pas de la même manière un aliment qu'on a confectionné soi-même et un aliment qu'on a acheté à bas prix (car j'achetais toujours, pour mes crises, de la nourriture bas de gamme et pas chère).
Si on fait soi-même, ça a pris un peu de temps, cela a nécessité quelques efforts (choisir une recette, avoir les ingrédients, se mettre aux fourneaux). Et je n'avais pas envie d'avaler tout rond et sans y penser ce qui m'avait coûté ces efforts.
C'est pourquoi désormais, je cuisine tout moi-même, souvent d'ailleurs des choses simples, pas la peine d'y passer la journée...
Enfin, je me suis rendu compte que je devais apprendre à manger LENTEMENT. Lors d'une crise de boulimie, je mangeais à toute allure, sans réfléchir, j'étais comme en transe. Souvent à la fin, je ne pouvais même pas dire de quoi je m'étais gavée.
En mangeant lentement, attentivement, en savourant chaque bouchée, en cherchant le goût, j'ai ralenti ma prise alimentaire, et presque aussitôt, je me suis mise à moins manger.
Pas facile me direz-vous ? En fait, il faut que deux conditions soit réunies.
- si on veut prendre le temps de déguster, il faut d'abord manger une nourriture qui a du goût et qu'on aime. Ça ne marche pas avec des courgettes bouillies. C'est pour cela que je ne crois pas qu'n peut guérir des TCA en cherchant tout de suite à manger une alimentation saine. Il faut d'abord supprimer les crises, et quand elles ont disparu,, là seulement on peut se mettre à équilibrer son alimentation.
Au début, pendant quelque temps, je n'ai donc mangé que des desserts (ce que j'aimais le plus). Mais je ne les ai plus engloutis, je les ai savourés lentement, j'en ai profité à fond.
- pour manger lentement, il y a plein de techniques : on peut poser ses couverts entre chaque bouchée par exemple. Moi, je me suis mise à compter dans ma tête le nombre de fois où je mâchais une bouchée, je m'imposais de ne pas avaler avant de l'avoir fait 20 fois (ou 10 si 20 paraît trop).
Alors au début évidemment, on n'y arrive pas sur tout un repas, mais sur quelques bouchées seulement. Ce n'est pas grave, on recommence. Et un jour, on se rend compte qu'on finit de manger après tous les autres, et ça, c'est une énorme victoire.
Voilà, je suis consciente que mon message est très très long, je je vous prie de m'en excuser.
Mais j'avais envie de vous montrer que oui, il y a des méthodes pour guérir, elles nécessitent un peu de persévérance. Et ne pas hésiter non plus à demander de l'aide (notamment pour la phase : "comment vais-je remplir ma vie s'il n'y a plus la nourriture ?")
À toutes et tous, je souhaite beaucoup de courage.
J'ai guéri...
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Merci de prendre connaissance de la Netiquette d'Enfine avant toute consultation ou utilisation.
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Re: J'ai guéri...
Bonjour,
Tout d'abord je te remercie pour ce témoignage qui m’a beaucoup touché.
Je suis boulimique depuis 22 ans avec une période d'anorexie avant et une enfance en obésité.
J’aurai pu écrire une partie de ton message mot pour mot.
La boulimie rythme mon quotidien et je me sens enfermée dans cette routine. Je ne pars même pas en vacances à cause de ça.
J’ai envie de changer les choses mais j’ai peur de redevenir obèse en mangeant normalement et sans contrôle.
Si je ne fait plus de crise de boulimie qu'est-ce que je vais faire ?
Comment as-tu fait pour remplacer les crises ?
Tu dis ne pas avoir pris de poids mais as-tu fais plus de sport ?
Et est-ce qu’on arrive vraiment à ́ne plus penser aux crises ?
Vivi
Tout d'abord je te remercie pour ce témoignage qui m’a beaucoup touché.
Je suis boulimique depuis 22 ans avec une période d'anorexie avant et une enfance en obésité.
J’aurai pu écrire une partie de ton message mot pour mot.
La boulimie rythme mon quotidien et je me sens enfermée dans cette routine. Je ne pars même pas en vacances à cause de ça.
J’ai envie de changer les choses mais j’ai peur de redevenir obèse en mangeant normalement et sans contrôle.
Si je ne fait plus de crise de boulimie qu'est-ce que je vais faire ?
Comment as-tu fait pour remplacer les crises ?
Tu dis ne pas avoir pris de poids mais as-tu fais plus de sport ?
Et est-ce qu’on arrive vraiment à ́ne plus penser aux crises ?
Vivi
Re: J'ai guéri...
Bonjour,
Merci pour ton partage qui m'a fait du bien.
Soirée d'effondrent émotionnel en réalisant qu'il y a un problème que je ne vois pas et que mon hyperphagie révèle. Et que je crois n'avoir personne vers qui me tourner, à qui paraître vulnérable.
Lire ton texte m'a rappelé que j'avais déjà les outils pour m'aider. Je les ai obtenu quand j'ai consulté une diététicienne en pleine conscience qui travaillait sur l'aspect émotionnel du rapport à la nourriture ( son déménagement a ete difficile pour moi).
J'avais besoin de lire cela. De voir que je suis pas toute seule, de me rappeler que j'ai des ressources.
Malheureusement l'écologie devra attendre que je me stabilise un peu, en attendant c'est plat-ressource seront prioritaires.
Merci pour ton partage qui m'a fait du bien.
Soirée d'effondrent émotionnel en réalisant qu'il y a un problème que je ne vois pas et que mon hyperphagie révèle. Et que je crois n'avoir personne vers qui me tourner, à qui paraître vulnérable.
Lire ton texte m'a rappelé que j'avais déjà les outils pour m'aider. Je les ai obtenu quand j'ai consulté une diététicienne en pleine conscience qui travaillait sur l'aspect émotionnel du rapport à la nourriture ( son déménagement a ete difficile pour moi).
J'avais besoin de lire cela. De voir que je suis pas toute seule, de me rappeler que j'ai des ressources.
Malheureusement l'écologie devra attendre que je me stabilise un peu, en attendant c'est plat-ressource seront prioritaires.
Re: J'ai guéri...
Bonjour,
Je vais essayer de répondre à vos deux commentaires.
Pour Vivi :
Oui, on peut parvenir à ne plus penser aux crises. C'est ce qui m'est arrivé.
Comment ?
Je crois que la clé réside dans le fait d'adopter une nourriture qui apporte autant de plaisir que les compulsions (parce que les compulsions apportent du plaisir, on ne le dit pas assez, on parle seulement de la souffrance qui en découle).
Et je vous garantis à toutes qu'on ne prend pas de poids avec une nourriture "normale". Ce qui fait prendre du poids, ce ne sont pas certains aliments, c'est la quantité qu'on en mange. On ne prend pas de poids avec du chocolat tous les jours, si on en consomme un peu. On prend du poids si on en mange deux ou trois tablettes. C'est sur les quantités qu'il faut jouer, pas sur le choix des aliments.
Et pour y parvenir, j'en reviens toujours à ce qui me paraît essentiel : manger très lentement, très attentivement, pour que la nourriture apporte et le rassasiement, et le plaisir.
Par quoi ai-je remplacé les crises ? C'est vrai qu'à cette même époque, je me suis trouvé une nouvelle passion, de nouveaux centres d'intérêt, et de nouvelles activités. Et je crois qu'on peut chercher dans ce sens. Qu'est-ce qui va nourrir mon esprit ?
Mais surtout, j'ai remplacé les crises par des moments où je mangeais des aliments que j'aimais et qui me faisaient du bien, au corps et à l'âme.
Et ça, bonne nouvelle, c'est un apprentissage que tout le monde peut faire.
Pour Axelle :
C'est exactement cela, il faut manger "en pleine conscience". Et je rajoute uniquement des aliments que l'on aime, pas des courgettes bouillies !
Je n'avais pas employé l'expression de "pleine conscience" car c'est un domaine que je ne maîtrise pas réellement, mais ce que je fais revient à ça : manger lentement et avec beaucoup d'attention, repérer ses réactions, ses sentiments, ce qu'on aime, ce qui nous procure du plaisir.
Il y a plein de choses qu'au quotidien, nous faisons machinalement, et qui méritaient d'être effectuées en plein conscience. Pour la nourriture, quand on a des TCA, il est évident que manger en pleine conscience est essentiel.
Tu dis aussi quelque chose de très juste : l'écologie devra attendre. Je rajoute, la diététique aussi. Quand on est boulimique, la seule chose prioritaire, c'est en finir avec les crises. Une fois que ça c'est acquis, on peut passer au reste : écologie, nourriture saine et équilibrée.
Je suis extrêmement sensible à l'écologie et aux questions de nutrition, mais c'est venu dans un second temps, quand je n'ai plus eu de compulsions. Les premiers temps, je ne mangeais quasiment que des desserts, c'est sur eux que je me suis exercée, que j'ai travaillé. Tout le reste arrive en son temps, mais plus tard.
On ne peut pas mener trop de combats de front.
Je vous souhaite une bonne journée, et du courage.
Je vais essayer de répondre à vos deux commentaires.
Pour Vivi :
Oui, on peut parvenir à ne plus penser aux crises. C'est ce qui m'est arrivé.
Comment ?
Je crois que la clé réside dans le fait d'adopter une nourriture qui apporte autant de plaisir que les compulsions (parce que les compulsions apportent du plaisir, on ne le dit pas assez, on parle seulement de la souffrance qui en découle).
Et je vous garantis à toutes qu'on ne prend pas de poids avec une nourriture "normale". Ce qui fait prendre du poids, ce ne sont pas certains aliments, c'est la quantité qu'on en mange. On ne prend pas de poids avec du chocolat tous les jours, si on en consomme un peu. On prend du poids si on en mange deux ou trois tablettes. C'est sur les quantités qu'il faut jouer, pas sur le choix des aliments.
Et pour y parvenir, j'en reviens toujours à ce qui me paraît essentiel : manger très lentement, très attentivement, pour que la nourriture apporte et le rassasiement, et le plaisir.
Par quoi ai-je remplacé les crises ? C'est vrai qu'à cette même époque, je me suis trouvé une nouvelle passion, de nouveaux centres d'intérêt, et de nouvelles activités. Et je crois qu'on peut chercher dans ce sens. Qu'est-ce qui va nourrir mon esprit ?
Mais surtout, j'ai remplacé les crises par des moments où je mangeais des aliments que j'aimais et qui me faisaient du bien, au corps et à l'âme.
Et ça, bonne nouvelle, c'est un apprentissage que tout le monde peut faire.
Pour Axelle :
C'est exactement cela, il faut manger "en pleine conscience". Et je rajoute uniquement des aliments que l'on aime, pas des courgettes bouillies !
Je n'avais pas employé l'expression de "pleine conscience" car c'est un domaine que je ne maîtrise pas réellement, mais ce que je fais revient à ça : manger lentement et avec beaucoup d'attention, repérer ses réactions, ses sentiments, ce qu'on aime, ce qui nous procure du plaisir.
Il y a plein de choses qu'au quotidien, nous faisons machinalement, et qui méritaient d'être effectuées en plein conscience. Pour la nourriture, quand on a des TCA, il est évident que manger en pleine conscience est essentiel.
Tu dis aussi quelque chose de très juste : l'écologie devra attendre. Je rajoute, la diététique aussi. Quand on est boulimique, la seule chose prioritaire, c'est en finir avec les crises. Une fois que ça c'est acquis, on peut passer au reste : écologie, nourriture saine et équilibrée.
Je suis extrêmement sensible à l'écologie et aux questions de nutrition, mais c'est venu dans un second temps, quand je n'ai plus eu de compulsions. Les premiers temps, je ne mangeais quasiment que des desserts, c'est sur eux que je me suis exercée, que j'ai travaillé. Tout le reste arrive en son temps, mais plus tard.
On ne peut pas mener trop de combats de front.
Je vous souhaite une bonne journée, et du courage.

