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Chirurgie bariatrique : LA solution au problème de l’obésité ?

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Par : Isabelle PODETTI

En France, les cas d’obésité morbide ont augmenté depuis trois décennies pour dépasser aujourd’hui  la barre des 600 000. Souvent, les personnes obèses atteignent un degré d’obésité où la chirurgie bariatrique[1] devient envisageable… voire vitale. Mais comment en arrive-t-on là ? La chirurgie à elle seule peut-elle résoudre les problèmes de surpoids ? Le G.R.O.S (Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids) a tenté de répondre à ces questions à l’occasion d’une conférence publique.

 

Obésité : une image corporelle difficile

Selon l’OMS, 14,5% de la population adulte en France est obèse, contre 8,5% en 1997. Cette augmentation, ainsi que celle des cas d’obésité morbide, où le diagnostique vital est largement en jeu, est entre autres due à « l’épidémie de restriction » de ces dernières années, et à la « sédentarité des Français »[2]. En effet, depuis trente ans, les  méthodes de régimes en tous genres se sont multipliées, et la population est de moins en moins en mouvement. Pourtant, à long terme, les régimes amaigrissants ne fonctionnent pas, au contraire : les personnes en surpoids ne parviennent pas à se stabiliser et finissent souvent par dépasser leur poids initial. Parallèlement, la société exerce une pression croissante sur l’image corporelle et renforce la stigmatisation des obèses, perçus alors comme des personnes négligentes, manquant de volonté.

L’obésité ne se résume cependant pas au poids et à la nourriture : c’est un « symptôme comportemental qui se transforme en maladie irréversible »[3]. En outre, l’image corporelle chez la personne obèse est très difficile. Au bout d’un certain temps, et une fois un certain degré d’obésité atteint, celle-ci ne se sent plus prendre de poids. Elle développe « un système de défense où elle ne ressent plus son corps »[4], et grossit jusqu’au point où une opération chirurgicale devient envisageable, voire vitale. Lorsque la seule modification du comportement alimentaire ne saurait suffire à restaurer un certain confort de vie, la chirurgie bariatrique peut apparaître comme une solution miracle au problème de l’obésité. La réalité est pourtant plus complexe…

Chirurgie bariatrique : Une opération de taille !

Plusieurs facteurs peuvent déclencher l’envie d’être opéré : les regards extérieurs, une envie de changer de vie, une difficulté à vivre dans son corps physiquement… ou même une volonté de « sauver son couple » ! Mais la solution pour reprendre son corps et sa vie en main n’est pas que chirurgicale. Lorsque la chirurgie bariatrique a été importée en France dans les années 90, les premiers médecins à avoir opéré des personnes en obésité morbide ont en effet négligé l’importance de la préparation et du suivi de ces interventions : après une période de « lune de miel »[5], les patients stagnaient et, bien souvent, reprenaient du poids. Selon Jean-Philippe Zermati, ancien vice-président du G.R.O.S., il est souhaitable de travailler au préalable sur son comportement alimentaire, afin de retrouver ses sensations alimentaires avant l’opération. Les personnes obèses souffrent en effet d’une dissociation qui les empêche de ressentir la faim et la satiété. Il s’agit donc favoriser la reconnexion pour aider les personnes obèses à modifier leur comportement alimentaire en s’écoutant, et non plus en cherchant à « contrôler » leurs prises alimentaires, ce qui générerait de la frustration et entraînerait des compulsions alimentaires. On ne peut toutefois pas faire d’omelettes sans casser des œufs : Renouer avec ses sensations alimentaires, c’est renouer également avec ses émotions ainsi que toute autre sensation auparavant anesthésiée… Des émotions désagréables et des peurs peuvent ainsi ressurgir, et la personne obèse peut aborder la question du « pourquoi je mange », question qu’il est préférable d’aborder avant l’opération.

Avant une intervention, il est par ailleurs nécessaire que les patients obèses soient conscients de la réalité de leur corps, ainsi que des changements corporels et sociaux qui vont s’opérer après la chirurgie. Les regards seront différents : Les gens ne se retourneront plus dans la rue et très vite, l’ancien obèse deviendra une personne lambda. La famille sera d’abord euphorique et complimentera massivement la personne opérée durant les 6 à 12 premiers mois. Le patient, qui ignorait que pour ses proches le poids importait tant, pourra alors éprouver de la tristesse. Puis les compliments cesseront, et il pourra « éprouver une certaine solitude pouvant le conduire à retrouver ses vieux comportements [alimentaires] »[6].  Il est donc important que la personne opérée s’entoure d’un ou de thérapeute(s) de confiance pour surmonter les épreuves qui l’attendent.

Un suivi à VIE !

Aujourd’hui, l’on constate de réels progrès en termes de préparation et de suivi d’interventions de chirurgie bariatrique. De plus en plus de chirurgiens s’entourent d’une équipe multidisciplinaire, composée, entre autres, de psychologues, de psychiatres et de médecins nutritionnistes, afin d’accompagner les patients dans leur opération. « Nous sommes davantage en dehors du bloc opératoire que dedans », rapporte Maxime Sodji, chirurgien à Limoges. Les médecins informent les patients de la lourdeur de l’opération (complications, carences vitaminiques et coûts médicaux, aléas émotionnels), des changements au niveau de leurs sensations (nouvelles textures, nouveaux arômes, dégoût de la viande…), mais surtout, ils informent leurs patients que ces derniers devront être suivis A VIE ! Un point crucial que les patients opérés sous-estiment parfois.

Au niveau corporel, la chirurgie entraîne une perte de poids très importante… toutefois, les personnes opérées n’ont pas l’impression de changer. L’image qu’elles ont de leur corps reste la même, et c’est ainsi que les anciens obèses peuvent parfois acheter des vêtements à leur ancienne taille. Il est en effet difficile de se familiariser avec ce nouveau corps, d’où l’importance d’un accompagnement thérapeutique dans cette transformation. « L’histoire personnelle des gens ne disparaît pas avec les kilos ! », affirme Sylvie Benkemoun. D’autant moins que les personnes obèses ont bien souvent un parcours de poids marqué par une grande culpabilité, des échecs et des reprises de poids qui ont mis à mal leur estime d’elles-mêmes. « Aller vers ses désirs, ça prend du temps [7] ». La chirurgie bariatrique ne saurait donc à elle seule résoudre le problème de l’obésité. Afin qu’un réel changement de vie puisse s’opérer chez la personne obèse, l’intervention devra nécessairement être accompagnée d’une préparation et d’un suivi médical, nutritionnel et psychologique. 

by-pass


[1] Type de chirurgie où l’on restreint l’absorption des aliments, soit en plaçant un anneau gastrique sur l’estomac, soit en pratiquant la sleeve (résection de l’estomac) ou le by-pass (court-circuit) gastrique.

[2] Bernard Waysfeld, médecin nutritionniste et psychiatre à Paris

[3] Ibid.

[4] Sylvie Benkemoun, psychologue, Vice-présidente de l’association Affects et Aliments.

[5] Période de 6 à 12 mois après une intervention de chirurgie bariatrique où les personnes opérées perdent énormément de poids en peu de temps.

[6] Sylvie Benkemoun

[7] ibid


Liens utiles :

Informations :

  • Site du G.R.O.S : site
  • Observatoire Cniel des habitudes alimentaires (OCHA) : site

Entraide :

  • Témoignages de personnes ayant été opérées et de leur entourage : Obésité 87
  • Affects et Aliments : site
  • Allegro Fortissimo : site

Coaching :

  • Linecoaching : site

Article écrit par Isabelle PODETTI


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  • Association Enfine - Écoute & Entraide Autour des Troubles du Comportement Alimentaire

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