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J’ai vaincu l’anorexie

Par : Camille

Je me présente : Camille, 21 ans, ancienne anorexique.

J’ai des TCA depuis mon enfance, j’ai développé des phobies alimentaires très jeunes (peurs de certains aliments, fixations sur d’autres …). A l’époque, tout le monde pensait que c’était un caprice, puis les années ont passé et les phobies alimentaires se sont transformées petit à petit en anorexie.

Dès mes 14 ans j’ai commencé à être mal dans mon corps, on m’avait diagnostiqué une scoliose et on m’a imposé de porter un corset pendant 5 ans. J’ai commencé à être malmenée par les autres jeunes de mon collèges. j’étais toujours considérée comme la plus moche par les garçons, comme le monstre du collège, humiliée par moment, la plupart du temps ignorée, seule… on me donnait le surnom de robocop, fille en plastique, moche, thon… J’avais une passion pour la danse classique , où l’esthétique est très important, une envie d’être une jolie ballerine fluide et légère, ajoutez à cela un père absent et vous avez le cocktail idéal pour créer un véritable mal être .

L’alimentation a commencé à devenir compliquée ,ma famille était obligée de s’organiser avec l’école pour mes repas à la cantines, le repas au restaurant ou chez des amis de la famille étaient toujours un véritable casse tête, sans parler des voyages scolaires où je partais avec ma valise rempli à moitié de nourriture pour être sure d’avaler quelque chose… Petit à petit, le mal être s’est installé, j’ai commencer à compter les calories, à faire attention, et me peser très souvent , à m’automutiler. On m’a proposé d’aller voir un psy mais j’ai refusé (trop jeune peut-être pour accepter que quelque chose n’allait pas, 15 ans). J’avais un IMC un peu faible mais rien d’inquiétant pour le médecin et ma famille qui ne se doutait de rien .

Les années ont passé, l’adolescence est passée et mon corps a changé : hanches, poitrines, fesses et autres atouts féminins, une prise de poids, ma vision commence à se fausser, je me sens grosse, terriblement grosse. Envie de perdre du poids, mais incapable d’agir, j’étais trop occupée avec le bac et le choix de mon orientation future…

Rentrée à l’université, me voilà à la Sorbonne, et le cauchemar commence vraiment : beaucoup de pression, très peu de temps pour moi, une dévalorisation constante, un travail acharné, des journées à rallonge, et les cours de danse à côté, seul échappatoire à mon quotidien stressant. Une photo de moi dans mon justaucorps, un acharnement à vouloir exceller dans tous ce que j’entreprends et tout s’enclenche, je me vois énorme, pleine de graisse et je décide d’entamer un régime à l’été 2013.

Je commence à manger moins, retirant les aliments gras, sucrés… les résultats se montrent vite, Lors d’un voyage à Nice une très bonne amie, tire la sonnette d’alarme, mais je ne l’écoute pas, et les kilos s’envolent encore et encore… Ma mère s’inquiéte. un Rdv médical plus tard le diagnostique tombe : Anorexie mentale. Le combat commence.

Le temps passe et je deviens incapable de manger, menteuse, me débarrassant de ma nourriture ou de mes fortimels à la moindre occasion, vomissant le moindre aliment qui devait me nourrir pour la journée, je jeûne, triste, des idées noires, mon corps douloureux, mon cœur fatigué et épuisé par la maladie qui s’est bel et bien installée, et ce paradoxe : l’envie de mourir et de vivre en même temps.

Le climat familial devient pesant : cris, disputes et peurs se mélangent. Ma mère tente tout pour me redonner le goût de la nourriture et m’éviter l’hospitalisation : alimentation pour bébés , rendez-vous toutes les semaines chez le médecin, plusieurs séances au CMP, elle me laisse cuisiner, décider des menus, me laisse même manger seule, mais rien n’y fait, je vomis tout ce que j’avale … Mon corps crie au secours, je perds mes règles, j’ai froid à longueur de journée, je ne parle plus, marche plus, tout mon corps se met petit à petit en veille (intestins, muscle, cœur..) , je n’étais plus que l’ombre de moi-même .

Et il y a ce déclic, cette mort que j’ai vue de trop prés, l’interdiction de ma professeur de danse de danser car elle avait trop peur…un imc me mettant en danger vital, et après des mois de bataille acharnée pour trouver une structure capable de m’accueillir, refus après refus ( trop maigre, trop d’attente, lettre de motivation…) ma mère s’est battue pour me sauver.

Le 12 mars 2013, j’ai une place à l’hôpital en service de réanimation- nutrition clinique. Contrat, isolement, toilettes verrouillés, hublot sur la porte, surveillée à chaque instant, et sonde à la clé. Le combat a été long , dur ,et j’ai longtemps voulu abandonner face à mes plateaux , face à ce poids qui grimpait et cette vison de moi déformée, je m’étais habitué à cette vie, à ces os, la séparation avec ma famille à été terrible, je pleurais beaucoup, faisait des crises de nerfs, faisais mes valises très souvent, mais il y avait cette rage en moi de vivre et j’ai dit non : non à la maladie. Je me suis battue pour être heureuse à nouveau. Grâce a une équipe médicale au top, à une psychologue exceptionnelle, au soutien de mes proches et mon envie de vivre, j’ai finalement gagné ce combat après des années de combats. Ils m’ont sauvé la vie. J’ai récupéré un poids normal, une image de moi positive, j’ai cessé de me faire du mal, et je souris à la vie, parce que la vie est trop précieuse.

Aujourd’hui je combats ma dépression et je sais que j’y arriverai, j’ai déjà gagné face à l’anorexie. J’ai des projets pleins la tête, et je souhaite aider les malades de TCA à s’en sortir.

La guérison c’est long, c’est dur, c’est fatiguant, ça fait peur aussi, mais c’est possible !

Avec beaucoup de courage, de volonté, de patience et de soutien, on peut guérir.

L’anorexie (les tca) n’est pas une fatalité, on peut guérir. Nous ne sommes pas notre maladie.

Ne baissez pas les bras face à la maladie, battez vous, donnez toutes l’énergie que vous avez, on peut tous y arriver. Et ne laissez plus des chiffres dicter votre vie .

Article écrit par Camille


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  • Association Enfine - Écoute & Entraide Autour des Troubles du Comportement Alimentaire

1 réflexion sur “J’ai vaincu l’anorexie

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