Léa Mauclère – Quand je me suis arrêtée de manger

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Par : Charlotte Planchette

Léa Mauclère nous livre un témoignage aussi poignant que perturbant de ses dix ans d’errance dans le gouffre de l’anorexie. Dans un langage imager, franc et sans détour, elle nous relate sa descente en cette terre de souffrance, de rejet de soi et des autres, de « non-vie », comme elle le dit si bien. C’est bien d’une terre qu’il s’agit, d’un monde parallèle isolé, où Léa s’est réfugiée progressivement, mettant en péril son appartenance au monde réel d’un point de vue aussi bien métaphorique que littéral, puisque cette réclusion a failli lui coûter la vie.

Léa Mauclère revient sur son parcours, analysant chaque faux-semblant, chaque non-dit qui a contribué à renforcer sa maladie. Elle a également la force de démasquer ses propres mensonges, sa propension à s’illusionner et à se condamner elle-même en tournant le dos aux autres. Car ces années de souffrance ont causé ruptures, relâchement des liens sociaux, douleur et incompréhension familiale.

Plus encore, la peur de soi, de ce qu’on est capable de se faire subir, est une thématique clé du roman. Ainsi Léa n’a pas hésité à mettre sa vie en danger à plusieurs reprises en inspirant le contenu de son estomac à l’aide de sa sonde naso-gastrique. Ce témoignage doux-amer est entrecoupé d’une floraison de poèmes et de citations littéraires chères à Léa, qui retranscrivent son histoire au fil des pages et symbolisent la place de l’écriture dans sa vie.

Les hospitalisations, les méthodes radicales et les menaces n’ont rien donné et n’ont pu combattre le délabrement progressif et inéluctable de son corps, le schisme identitaire qui s’opère lorsque nos instincts les plus ancrés sont en contradiction avec nos qualités rationnelles. Seuls l’amour, un accompagnement sans jugement de l’être aimé, et un suivi psychothérapique adapté ont permis à Léa de ré-accéder pleinement à sa vie. Les phases de répit, de rémission fragile, d’équilibre précaire ne manquent pas dans ce témoignage, et le lecteur qui se serait déçu à chaque rechute n’aurait pas compris le message fort de Léa dans son ouvrage : l’être humain n’est pas infaillible, et guérir, c’est aussi accepter qu’on ne peut pas être parfait, et surtout qu’on ne peut pas guérir parfaitement.

Ce parcours, si douloureux soit-il, a permis à Léa de savoir enfin qui elle est, de se construire. Aujourd’hui Léa ne se réduit plus à sa maladie, et c’est en cela qu’elle n’est plus malade. Elle fait des projets et se (re)construit petit à petit, même si certains mécanismes perdurent et que la guérison est un long chemin à parcourir. Souhaitons-lui un bon voyage en ces termes :

“Et il n’est rien de plus beau que l’instant qui précède le voyage, l’instant où l’horizon de demain vient nous rendre visite et nous dire ses promesses…”(Milan Kundera)

Références :
Quand je me suis arrêtée de manger

City Editions
256 pages / 16,90 €
Hachette : 73 5555 3 / ISBN : 978-2-8246-0420-6

Article écrit par Charlotte Planchette


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