Légère comme un papillon

Par : Charlotte Planchette

« La plus utile et la moins avancée de toutes les connaissances humaines me paraît être celle de l’homme ». Ainsi s’ouvre le Discours sur l’origine et les fondements de l’inégalité parmi les hommes de Rousseau, avant d’affirmer que l’homme, s’il n’est pas parfait, est néanmoins “perfectible” au sens où il peut et cherche constamment à améliorer ses capacités, ses connaissances, ses compétences physiques. La perfection est donc hors d’atteinte de l’être humain, pourtant de nombreuses personnes ont cru et croient encore pouvoir atteindre cet idéal de contrôle absolu de soi et repousser les limites de la fragilité humaine en occultant leurs besoins vitaux – dormir, boire ou tout simplement manger-, notamment au travers de l’anorexie.

Pourquoi décider, après tant d’années écoulées, une réputation assurée et autant de livres parus, d’avouer ce qu’on s’est toujours évertué à cacher, quitte à s’exposer ? C’est la question que l’on est en droit de se poser en lisant le dernier ouvrage de Michela Marzano, ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure et professeur de philosophie à Paris.

Véritable tableau impressionniste progressant par petites touches de vie et de couleur, c’est par son désir de vérité et de compréhension que le livre touche en premier lieu. Au fil des pages, au fil des souvenirs, les préjugés contre l’anorexie sont combattus un à un. Les généralisations tombent et ne résistent pas à la logique implacable de l’auteur. Le rapport au père, destructeur dans le cas de Michela Marzano, est l’une des thématiques principales et douloureuse de ce livre. L’auteur raconte comment elle a réussi à s’opposer à son père pour cesser de se renier elle-même. Michela Marzano nous livre donc un témoignage émouvant et plein de pudeur sur son passé d’anorexique qui a défini l’architecture de sa pensée philosophique actuelle. Mais plus encore, c’est la fragilité de la condition humaine que met en scène la philosophe, aidée de Kant, Arendt et Lacan… afin de montrer en quoi l’amour de l’autre, de ses imperfections et de son incompréhension, nous permet d’exister et de nous accepter.

Article écrit par Charlotte Planchette


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