Novembre est bleu, Professeur

Par : Charlotte Planchette

Novembre est bleu, Professeur, Adeline Lizuré.

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Si chaque vécu est différent, le sentiment de vide et de peur qui se développe à l’aube de la maladie est lui commun à tous ceux qui, en souffrance, s’enferment dans la non-faim.

C’est sous la forme de lettres écrites par une jeune fille, Chloé, à celui qu’elle avoue considérer être « son » Professeur, que cette jeune auteure nous donne sa vision du monde au temps de la maladie. Une vision à la fois troublée  par la recherche, toujours plus poussée, de  la réalisation d’un idéal et saisissante par la précision de l’analyse de ce qu’est ce mal-être qui touche le personnage.

Par la description des mensonges et des privations -de plus en plus strictes- la jeune femme nous donne à voir les travers de la maladie. On comprend alors que l’anorexie est paradoxalement la recherche de la transparence par le décharnement et la volonté inconsciente d’attirer à soi les regards de ceux dont l’envie de manger est méprisée.

Chloé,  « malade de vouloir ne pas vouloir manger », tombe progressivement dans l’isolement. Recherchant dans les adultes  des figures rassurantes, paternelles et maternelles, elle s’éloigne progressivement de tous ceux qui ne comprennent pas « sa physiologie » et rejettent ce qu’elle considère être son art de vivre. C’est sur l’exemple que donnent ces figures féminines que se construit l’idéal vers lequel veut tendre la jeune fille, celui d’une parfaite beauté mais aussi une douceur maternelle.

Cette douceur maternelle, elle-même la décrit comme celle qu’elle n’a jamais eue, celle que sa mère –entre deux voyages- n’a pas su lui procurer, faisant d’elle une fillette dont le perfectionnisme extrême est frustré de ne pas parvenir à satisfaire une mère, trop exigeante peut-être.

Manger à nouveau, sortir de cette phase de maigreur extrême, de rejet de soi et de mépris des autres c’est d’abord accepter d’être malade puis s’accoutumer de l’aide qui est proposée. Cela prendra près 4 ans à Chloé pour véritablement comprendre la profondeur de son mal-être et l’ampleur de la maladie. Ce n’est qu’après avoir vu d’autres patientes, d’autres malades, souffrant toutes des mêmes obsessions et de la même peur qu’elle acceptera de quitter ce corps d’adolescente auquel elle s’était accrochée pour celui d’une véritable femme.

A travers ce premier ouvrageAdeline Lizuré revient sur sa propre maladie, celle qui l’a dévorée et celle qu’elle a su contrôler sans jamais pour autant l’éradiquer. Guérir c’est ainsi accepter de vivre avec ses propres blessures pour mieux se reconstruire.

Article écrit par Charlotte Planchette


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