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Rédemption

Par : Kika Morgan

Bonjour, moi c’est Kika.

Aujourd’hui j’ai 17 ans. J’ai chuté dans l’anorexie à 15 ans et ce cercle vicieux dans lequel j’ai vécu m’a mené au plus bas.

Tête de promotion de mon lycée, élève brillante en danse classique, et personne très active et toujours bien organisée, j’ai toujours eu la réputation d’être la petite fille parfaite, la meilleure amie parfaite, l’élève souriante et pleine de vie, la sportive au corps de rêve, et à force d’entendre cela à longueur de journée, j’ai fini par ancrer ce discours en moi et à croire que c’était un devoir pour moi, mon rôle à jouer, que d’être, à jamais l’indétrônable petite fille parfaite, toujours calme, soignée, souriante, studieuse dans mes études mais aussi au niveau de mes activités parascolaires.

Je me suis ainsi inconsciemment lancé le défi à moi-même de rester en tête d’affiche, m’infligeant une pression insoutenable et coriace. Ce « défi » s’est alors avéré bien plus difficile que je ne l’aurais jamais imaginé, et m’a valu une descente en enfer terrible. En effet, ma quête de la perfection qui au début, se limitait à simplement m’améliorer un quelque peu, perdre un ou deux kilos, s’est propagée de manière incroyablement rapide, sans même que je puisse m’en rende compte, à l’ensemble de mes faits et gestes. Devenue ainsi obsédée par l’organisation, le travail, le contrôle, ou plutôt hyper contrôle de ce que je faisais, ce qu’il y avait dans mon assiette, chaque journée, chaque heure, chaque minute devait m’apporter son lot de résultats, les résultats d’un travail acharné, excessif, et qui me paraissait alors « tout à fait normal ». Oui, « tout à fait normal », « tout à fait normal », c’est l’excuse que je me répétais sans cesse, à chaque instant, pour m’en imprégner au plus profond de moi, pour finir par le croire. Je me baignais d’illusions, et bien pire, je finissais par me mentir à moi-même, cherchant à chaque fois à repousser mes limites au plus loin, « mais oui, une pomme c’est suffisant pour le diner », « mais évidemment, c’est ce que tout le monde mange le soir pour diner léger », « Oh mais après tout, si je ne dine pas ce soir, je dinerais bien un autre jour », des phrases que je me répétais à longueur de journée, que je me ressassais à chaque moment de faiblesse, guidée par une motivation sans faille, une détermination presque irréelle, robotique, déshumanisante. Oui, déshumanisante, car sans m’en rendre compte, ce sont toutes mes faiblesses, mes peurs, mes fragilités humaines et naturelles que je mettais de côté pour faire ressortir au grand jour, pour montrer à mon entourage, à mes amis, à mes proches une Kika forte, sans failles, une Kika parfaite.

Cependant, cette Kika radieuse et illuminée en apparence, se déchirait de l’intérieur, mes propres comportements me semblaient étranges à première vue, mais là encore, les illusions prenaient le dessus, et je me convainquais que ce n’était que les conséquences de « la crise d’adolescence », des « petits coups de blues », qui devenaient parfois incontrôlables, car je vivais à présent dans la peur, la peur du regard des autres, la peur de mon corps, la peur de moi-même…

Je traversais des moments de solitude troubles, auxquels personne n’avait de réponse. Rage, acharnement, haine emplissait mon cœur, je m’effondrais parfois en sanglots, pensant même à en finir avec moi-même, sans aucune raison. J’étais rongée par la culpabilité après chaque repas, une fraise en plus pour le dessert, ou un bout de chocolat pour lequel je craquais étaient les sources de terribles punitions en vers moi-même, des sanctions alimentaires incroyables : jeûner toute la journée, ne plus prendre de dessert, ne pas diner, devenaient choses habituelles. La nourriture n’était plus qu’un ennemi que je devais combattre. Un ennemi qui me mènerait à ma perte.

Au début, ma sœur, avec laquelle je suis très proche me faisait remarquer que mes apports alimentaires étaient insuffisants, par des remarques directes ou indirectes qui me mettaient hors de moi, qui me paraissaient être des attaques violentes et agressives qui me foudroyaient, « Ah mais tu n’as rien mangé », « voyons, prend juste un fruit pour le dessert », « On va à la pâtisserie prendre une part de tarte ?» M’étaient insupportables, ils étaient pour moi le signe de jalousie, de méchanceté gratuite et inexpliquée, car pour moi « je mangeais comme tout le monde », de manière « tout à fait normale ». Face à mon attitude acharnée, mes proches n’ont pas eu d’autre choix que d’appeler à l’aide un spécialiste, un psychologue.

Evidemment, m’annoncer que j’allais rencontrer un psychologue m’a semblé une trahison terrible venant de mes parents, un manque de confiance incroyable. Car en voyant la tête de ma mère, triste et déplorée, désespérée, à essayer de m’aider, c’était l’incompréhension totale, « pourquoi voulait-elle à ce point m’aider alors que je n’étais pas malade, que je n’avais aucun problème, que j’étais tout à fait normale ? » Les remarques de mes proches s’accumulaient et me semblaient aussi ridicules et inexpliquées les unes que les autres. Mon professeur de danse alla même jusqu’à m’interdire la participation à un spectacle si je ne faisais pas d’efforts pour me « remettre sur pied ». « Une brindille », « Un stylo », les adjectifs qu’ils utilisaient étaient divers et variés, cependant aucun de mes amis du lycée n’utilisait le terme de « maladie ». Jusqu’au jour où une personne en particulier de mon lycée utilisa le mot « anorexie » pour faire référence à mon état. Ce fut la bascule, une sorte de grand verre d’eau qu’on me jetais en pleine figure, un grop coup de poing à la figure, un réveil qui me ramena à la réalité, suivi d’un grand moment de réflexion et de remise en cause.

Oui, je compris alors que ma mère, mon père, ma sœur, et mon psychologue avait raison, j’étais bel et bien anorexique. Et ce fut là un grand moment d’émotions, car je me rendis compte que j’avais passé une année de ma vie prisonnière d’un Moi qui s’acharnait à vouloir tout contrôler, je me regardai enfin sur la glace et vis des os, rien que des os, sur mon visage, sur mes bras, rien que des os. Tous les symptômes de l’anorexie que j’avais enfouis dans une cage, que je m’étais cachés à moi-même refaisait surface et paraissaient alors indéniables : perte de poids, chute de cheveux, changement brusque de comportement, et aménorrhée… Cette confrontation avec moi-même fut la source qu’un grand flot de tristesse, de culpabilité, certes mais ce fut surtout une révélation qui me poussa à reprendre la main sur moi-même, à diriger ma vie de nouveau. Ainsi, courage et détermination me guidèrent vers le droit chemin. Reprendre des calories n’a pas été chose facile, ma phase de guérison fut rythmée par des moments de douleurs, de faiblesse, des moments où je voulais tout abandonner, tout laissait tomber, où je me sentais faible, une moins que rien, une ratée, mais heureusement j’ai pu compter sur le soutien de ma famille et de mes proches, qui m’encourageaient à chaque pas que je faisais, à chaque étape que je traversais, c’était ma Rédemption, une renaissance, je traversais le long chemin menant à la liberté et au bonheur.

J’ai alors repris gout à la vie, n’envisageant plus la nourriture comme un ennemi mais comme un allié majeur pour rester en bonne santé, comme le garant d’un mode de vie sain. A tous ceux et celles qui lisent mon témoignage, quel que soit votre âge , votre origine, la raison pour laquelle; vous êtes en train de lire ce témoignage, que vous soyez anorexiques, que vous vouliez aider quelqu’un qui l’est, je peux vous assurer, parole de Kika, que l’anorexie est une maladie, un mode de vie terrible, qui vous noie; et fait tout pour vous empêcher de revenir à la surface, mais croyez-moi, si vous lisez ce témoignage, vous n’êtes pas seul, regardez vos parents, vos proches, vos amis, votre médecin ou psychologue, je sais que je semble ridicule de vous dire cela car vous êtes convaincus qu’ils ne peuvent pas vous aider, mais vous avez tort, ils peuvent vous apporter une aide insoupçonnée, oui, vous, le petit enfant parfait, l’élève studieuse, le petit prodige, la danseuse super occupée, le virtuose hyperactif, vous, cher lecteur, chère lectrice, reprenez-vous, reprenez votre vie en main, levez-vous car aujourd’hui est un nouveau jour, aujourd’hui est rédemption, aujourd’hui est liberté et bonheur.

Si vous croyez que vous en êtes incapables, vous avez tort, car si j’ai pu le faire, évidemment que vous le pouvez aussi, vous pouvez reprendre le contrôle, vous pouvez être heureux, cela ne tient qu’à vous et à vous seul! Oui, le chemin sera difficile, mais vous avez traversé tellement plus dur, oui les taux d’anorexiques qui retombent dans l’anorexie sont élevés, mais si vous croyez que tout est fini pour vous, je dis NON, NON ce n’est pas finit pour vous, vous pouvez toujours vous lever et croquer la vie à pleines dents, alors n’hésitez plus, vous pouvez guérir, vous pouvez dépasser ces difficultés qui semblent insurmontables mais qui ne le sont pas, oui, parole de Kika, vous pouvez!

Alors, levez-vous, battez-vous ! la guérison est proche! Vous y êtes presque, ne laissez pas tomber, pas maintenant, pas si près du but!

-Kika

Article écrit par Kika Morgan


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