To the bone : Entourage et causes de l’anorexie

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Par : Isabelle PODETTI

To the bone est un film réalisé par Marti Noxon et sorti cet été sur Netflix. Il raconte le cheminement d’une jeune femme, Ellen, souffrant d’anorexie. Le film a été conçu par et avec des personnes qui ont été touchés par les Troubles du Comportement Alimentaire (TCA). Depuis sa sortie, le film a fait débat sur le net et les réseaux sociaux. Une bénévole d’Enfine exprime son point de vue sur deux aspects du long métrage : l’entourage et les causes de l’anorexie.

Beaucoup d’encre à coulé autour de To the bone. La question de l’utilité voire de la dangerosité de l’influence du film sur les personnes anorexiques a longuement été soulevée cet été. J’ai fait le choix de ne pas entrer dans ce débat. Dans cet article, je choisis de parler plutôt de deux points essentiels que cette oeuvre soulève : la position de l’entourage et les causes de l’anorexie. 

L’entourage : entre amour et maladresse

Dans ce film, l’entourage a une place presque aussi importante que celle d’Ellen, la protagoniste. Les proches de la jeune anorexique sont inquiets et tentent de l’aider de manière souvent maladroite. On pense à la mère d’Ellen qui, après avoir « lâché l’affaire » avec sa fille et l’avoir envoyée chez son père et sa belle-mère, se culpabilise de n’avoir pas tissé de lien mère-fille assez puissant lorsqu’Ellen était bébé. Elle lui propose alors une régression à l’état de nourrisson. On pense à la belle-mère d’Ellen, omniprésente depuis le début du film, qui pèse et photographie sa belle-fille pour lui faire réaliser l’état de son corps, ou qui lui offre un énorme gâteau en forme de hamburger pour l’encourager à manger. On pense à cette séance de thérapie familiale chaotique où tout le monde se renvoie la faute de l’anorexie d’Ellen. On pense à ce père absent de tout le film, plongé dans son travail qui fuit probablement le domicile familial de peur d’être confronté à sa propre impuissance à sauver sa fille. Autant d’actes (et non actes) que l’on peut blâmer, qualifier de déplacés, d’affligeants ou d’inutiles.

Mais n’est-on pas maladroit lorsque l’on vit avec une personne souffrant d’anorexie ou de boulimie ? N’a-t-on jamais tenté des approches désespérées pour sauver une personne qui se détruit sous nos yeux, pensant que tout est « sous contrôle » ? Je trouve que To the bone dépeint avec justesse ces comportements qui, bien que maladroits, témoignent de l’immense impuissance d’un entourage désemparé.

Sur cet aspect, Kelly, la belle-sœur d’Ellen, est la seule à adopter un comportement différent. Alliée de sa sœur (complicité sur le comptage de calories, petite virée nocturne dans les hauteurs de la ville), elle n’hésite pourtant pas à lui dire qu’elle ne comprend pas son anorexie, qu’elle souffre de voir sa sœur dans cet état, sans jamais être intrusive ou rejetante. Si Kelly ne fait preuve d’aucune maladresse envers Ellen malgré son inquiétude et son impuissance, c’est qu’elle a compris, au fond d’elle, qu’Ellen ne pourrait être sauvée que par elle-même. 

« Est-ce que tu peux essayer cette fois-ci ? Je veux dire VRAIMENT essayer… » Kelly à Ellen avant une nouvelle hospitalisation.

Les causes de l’anorexie

« Looking for one reason is a losing battle »

Cette phrase prononcée par le psychiatre d’Ellen résume très bien l’idée du film concernant les causes de l’anorexie. Elle nous dit qu’il n’existe pas UNE raison à l’anorexie, que se focaliser sur les causes ne résout pas le problème. Beaucoup de causes potentielles à l’anorexie d’Ellen sont évoquées dans le film : un père absent, un divorce précoce, une mère qui a apparemment vécu plusieurs dépressions, l’orientation sexuelle, la peur et le dégoût à l’idée de devenir femme ou encore des abus sexuels.

Aucune de ces causes potentielles n’est validée par Ellen dont on ne sait au final pas grand-chose. On connaît les grandes lignes de sa vie racontée par ses proches, on imagine ce qui aurait pu l’affecter et l’entraîner dans les troubles alimentaires, mais sans jamais le savoir vraiment puisqu’elle ne réagit pas, ou avec cynisme, aux théories énoncées. Et tant mieux ! Ce qui nous permet de comprendre la douleur d’Ellen, ce n’est pas de connaître son histoire, c’est d’écouter ce qu’elle ressent aujourd’hui (bien que cela découle évidemment de son histoire). Entendre sa peur de l’amour lorsqu’un garçon lui manifeste des sentiments, observer son désarroi lorsqu’elle réalise que personne ne pourra la sauver et qu’il va lui falloir, je cite, « avoir des couilles » pour affronter la vie.

Ces épreuves mettent Ellen au pied du mur. Elle réalise alors qu’elle a deux choix : fuir à nouveau ou chercher à s’en sortir au prix d’une confrontation difficile avec la vie.

 

Article écrit par Isabelle PODETTI


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